« Une clim de 3,5 kW, ça doit consommer 3,5 kW. » C'est l'erreur la plus répandue sur le sujet, et elle fausse tous les calculs qui suivent. Les 3,5 kW d'une climatisation désignent le froid qu'elle produit, pas l'électricité qu'elle consomme. Grâce au principe de la pompe à chaleur, l'appareil déplace la chaleur au lieu de la produire : il restitue plusieurs kilowattheures de froid ou de chaud pour chaque kilowattheure d'électricité qu'il prélève au compteur.
Combien exactement ? Cela dépend de votre appareil, de votre logement et de votre usage. Personne ne peut vous donner un chiffre universel honnête. Ce que nous pouvons vous donner, c'est la méthode pour l'estimer avec vos propres données, et les pièges qui faussent le résultat.
Lire ce que votre appareil dit de lui-même
Deux valeurs de la fiche technique résument l'efficacité réelle d'une climatisation réversible :
- Le SEER, pour le froid : le nombre de kilowattheures de froid restitués pour un kilowattheure d'électricité consommé, en moyenne sur une saison type.
- Le SCOP, pour le chauffage : la même chose, en mode chaud.
Un exemple réel, celui du mono-split 3,5 kW que nous posons le plus, le Mitsubishi MSZ-BT35VGK : la documentation du constructeur annonce un SEER de 6,8 et un SCOP de 4,6, classés A++ dans les deux sens. Autrement dit, sur une saison moyenne, un kilowattheure d'électricité y produit 6,8 kilowattheures de froid l'été, et 4,6 kilowattheures de chaleur l'hiver.
C'est aussi pour cela qu'une clim réversible chauffe pour bien moins cher qu'un convecteur électrique : le convecteur restitue un kilowattheure de chaleur par kilowattheure consommé, jamais plus. La pompe à chaleur en restitue plusieurs.
L'étiquette énergie donne déjà un ordre de grandeur
L'étiquette énergie européenne, obligatoire sur les climatiseurs, porte une consommation annuelle indicative en kilowattheures, calculée dans des conditions normalisées : un usage type, un climat type. Pour le chauffage, la valeur est donnée par zone climatique.
Cette valeur ne prédit pas votre facture, elle compare des appareils entre eux à conditions égales. Mais elle fait un bon point de départ : prenez les kilowattheures annoncés, multipliez-les par le prix du kilowattheure lu sur votre propre facture d'électricité, et vous tenez un ordre de grandeur annuel. Nous ne citerons aucun prix du kWh ici : il dépend de votre fournisseur et de votre offre, et il change. Le vôtre est écrit sur votre facture, c'est le seul qui compte.
Gardez en tête le biais local : sur le littoral varois, la saison de froid est plus longue que la moyenne normalisée, et la saison de chauffe plus douce et plus courte. Votre réel s'écartera de l'étiquette dans les deux sens.
Le calcul « puissance × heures » donne un plafond, pas une prévision
La méthode classique consiste à multiplier la puissance électrique absorbée (celle de la fiche technique, pas les kilowatts de froid) par les heures de fonctionnement, puis par le prix de votre kilowattheure. Elle a une vertu : elle est simple. Et un défaut : elle surestime presque toujours.
La raison tient à la technologie inverter, généralisée sur les appareils récents. Le compresseur module en continu : il tire sa pleine puissance pour mettre la pièce en température, puis ralentit fortement pour la maintenir. Sur une journée réelle, l'appareil passe l'essentiel de son temps loin de sa puissance maximale. Le calcul « puissance × heures » décrit donc un plafond, utile pour vérifier un abonnement électrique, trompeur pour prévoir une facture.
La mesure qui ne ment pas : votre compteur
Si l'appareil est déjà posé, mieux vaut mesurer qu'estimer :
- Relevez la consommation du logement sur une journée sans utiliser la climatisation, via l'application de votre fournisseur ou l'affichage de votre compteur.
- Relevez-la sur une journée comparable en l'utilisant normalement.
- La différence, c'est elle. Multipliée par votre prix du kilowattheure, elle donne le coût réel d'une journée de votre usage, chez vous.
Certains appareils récents affichent aussi leur propre consommation dans leur application : quand la fonction existe, elle vous épargne la comparaison.
Ce qui fait vraiment monter la consommation
À appareil égal, trois facteurs pèsent plus que tous les autres :
- Le dimensionnement. Un appareil trop puissant enchaîne les cycles courts, un appareil trop faible tourne à fond sans s'arrêter : dans les deux cas, la consommation monte. C'est pour cela que la puissance se calcule sur place, pour un appareil dimensionné pour la pièce, et que nous détaillons ailleurs comment choisir la bonne puissance.
- L'encrassement. Une batterie couverte de dépôts échange mal : l'appareil force pour tenir la consigne. Garder un échangeur propre est la raison énergétique de l'entretien, avant même la question des odeurs.
- Le réglage. Chaque degré d'écart supplémentaire avec l'extérieur se paie. Un appareil qui doit tenir 21 °C dans une pièce à 35 °C dehors travaille beaucoup plus que pour en tenir 26.